Une table ronde sur l’avenir du commerce sous l’égide du ministre Clarinval
Cela fait des années que le SETCa réclamait cette table ronde. Enfin, nous l’avons eue ce 12 octobre.
Que dire des problèmes des magasins en Belgique ? Ils sont immenses ! Les défis sont importants.
Ils sont au niveau international, où nous sommes en prise directe avec un e-commerce qui fait de plus en plus de ravages, et souvent pas au départ de la Belgique. Depuis 2015, une CCT existe qui encadre les prestations d’e-commerce, mais aucun employeur ne l’utilise ! Clairement, de l’emploi a été perdu tant la fuite de chiffre d’affaires à l’étranger via l’e-commerce est importante.
Le commerce transfrontalier et la fuite de capitaux à l’étranger pour faire ses achats est également important. Moins le chiffre d’affaires est important en Belgique, moins, évidemment, le nombre de travailleurs sera grand dans les magasins en Belgique.
Entre intelligence artificielle, automatisation, mesures du Gouvernement qui mettent en concurrence directement les travailleurs du commerce avec des flexi-jobbers, des étudiants, voire des travailleurs à temps plein qui prestent des heures supplémentaires à bon marché, il ne fait pas bon vivre quand on est travailleur à temps partiel dans le commerce.
Nous pouvons également dire « merci » au ministre Clarinval d’avoir supprimé le jour de fermeture obligatoire dans le commerce ou encore d’avoir permis l’élargissement des heures d’ouverture dans le commerce, rendant ainsi toute une série de comportements illégaux, légaux. En ce lendemain de grève générale dans les services publics, il était plus intelligent et plus social de renforcer les services d’inspection plutôt que de rendre légaux des comportements qui étaient illégaux depuis des années. Que devait-on attendre d’autre d’un ministre de droite ?
Au niveau national, la concurrence est elle aussi dure et le dumping social est présent à tous les étages.
Depuis la franchise des 128 magasins Delhaize en 2023, ce n’est plus le petit magasin du coin qui est ouvert tous les dimanches, ce sont des vrais bateaux amiraux de plus de 2.500 m² qui sont ouverts tous les dimanches, changeant ainsi complètement la donne des achats du dimanche.
Il faut tordre le cou à ceux qui disent qu’on répondrait aux besoins du client. Non, on a offert aux clients de pouvoir venir faire leurs courses dans tous les magasins le dimanche. Le Gouvernement l’a d’ailleurs confirmé en faisant du dimanche un jour normal de prestations.
Et tant pis pour les travailleurs du commerce !
La problématique des franchisés multipropriétaires de magasins (10-15 magasins indépendants détenus par le même propriétaire) renforce également le dumping social. En effet, au départ de la commission paritaire des indépendants, ces gros groupes, puisqu’on parle de 10 à 15 magasins par propriétaire, travaillent pratiquement avec les conditions de travail du petit magasin du coin. Cela met à mal le véritable petit entrepreneur ou l’épicier qui a maintenant comme grand concurrent la grande distribution. Sans que la responsabilisation et la transparence soient de mise ! C’est aussi ce que nous avons dit au ministre.
La question de savoir si les champs de compétences des commissions paritaires doivent être modifiés est finalement secondaire, puisque ce sont d’abord les comportements de cow-boy à l’intérieur des commissions paritaire existantes qui doivent être endigués. Comme vous le voyez, nos doléances ont été nombreuses. Nous espérons sincèrement que le ministre aura entendu la voix des travailleurs et reviendra sur toute une série de mesures.
Pour rappel, le secteur commerce au sens large regroupe 500.000 travailleurs ! Dans les magasins, ce sont plus de 200.000 travailleurs qui sont occupés. Essentiellement des femmes à temps partiel.
Si on veut que demain, on puisse encore vivre de son job dans le commerce et pas seulement survivre, il nous faut des mesures d’une toute autre nature que celles qui sont actuellement sur la table.
Que voulons-nous ? De vrais contrats, à temps plein, à durée indéterminée, un encadrement des contrats précaires, un équilibre vie privée-vie professionnelle, une stabilité des horaires, de la concertation sociale pour encadrer collectivement tous ces défis et des inspecteurs pour contrôler le comportement des cow-boys de la distribution !
Que propose le ministre après la table ronde ? Un plan d'actions d'ici fin de cette année ; un plan qui devra encore être discuté avec les interlocuteurs sociaux du commerce... Wait and see, restons vigilants !